A la tête de MEDTRONIC FRANCE, Laurence COMTE ARASSUS nous livre sa vision des enjeux d’un acteur industriel de la santé en France.

A la tête de MEDTRONIC FRANCE, Laurence COMTE ARASSUS nous livre sa vision des enjeux d’un acteur industriel de la santé en France.  

 

Qui est MEDTRONIC FRANCE ?

MEDTRONIC FRANCE est la filiale française d’un des leaders mondiaux des technologies médicales. Nous sommes organisés en quatre groupes thérapeutiques – cardiovasculaire, neurosciences, diabète et système digestif – auxquels il faut ajouter notre équipe de services et solutions qui travaille sur des problématiques plus spécifiques à l’organisation des soins dans les établissements de santé. MEDTRONIC FRANCE emploie 1350 personnes en France basées au siège à Boulogne-Billancourt ou dans un des quatre sites de production ou centre de R&D en région.

 

Quels sont les actifs stratégiques de MEDTRONIC à l’origine de sa légitimité sur le marché ?

La largeur de la couverture thérapeutique et la richesse de notre gamme de solutions, bien sûr. MEDTRONIC, c’est de la tête au pied. Des stimulateurs cardiaques, défibrillateurs et stents en passant par les glucomètres, injecteurs automatisés et stimulateurs neuronaux, prothèses de disques vertébraux et bien d’autres.

Mais notre atout distinctif, c’est incontestablement notre ADN d’innovation. MEDTRONIC est très innovant ; nous avons par exemple mis au point le plus petit pacemaker au monde. Depuis 1949, améliorer la vie des millions de patients à travers le monde, grâce à l’innovation, a toujours été notre priorité. Le bénéfice apporté au patient est au cœur de ce que nous faisons. Mais notre système de santé a besoin de plus que des produits innovants. Nous devons en effet combiner innovation technologique et innovation organisationnelle.

 

Que voulez-vous dire par innovation organisationnelle ?

C’est de l’innovation dans le parcours de santé. Nous travaillons avec les professionnels de santé, notamment les établissements de santé, pour les accompagner dans l’amélioration de l’efficience opérationnelle des parcours des soins pour une meilleure prise en charge des patients. C’est un des axes de travail de notre division services et solutions – en anglais Integrated Health Solutions (IHS) – que j’ai mentionnée en introduction. Elle propose  des solutions centrées sur le parcours de soins, avec la ‘Valeur en Santé’ comme point focal.

 

Comment se décline concrètement la ‘Valeur en Santé’ ?  

Nous sommes tous attachés à notre système de santé et nous voulons qu’il reste solidaire et de qualité. La Valeur en Santé est un engagement pour mieux soigner, à moindre coût et dans le respect des attentes des patients afin de transmettre à nos enfants un système de santé de qualité, pérenne et solidaire. A ce titre, nous sommes membre actif du Think Tank Cercle Valeur en Santé qui met en relation professionnels de santé, patients, établissements de santé, payeurs et industriels pour qu’ils développent ensemble des projets qui allient optimisation du bénéfice patient et maîtrise des coûts. Cet engagement anime également les équipes de Medtronic France au quotidien et nous permet d’agir en apporteur de solutions et services plutôt qu’en simple fournisseur de produits.

 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Je suis une optimiste et je vois davantage les opportunités que les difficultés, même s’il y en a. Je citerai en premier lieu la réglementation. Notre activité, c’est le dispositif médical, pas le médicament, or la réglementation du dispositif médical est très largement calquée sur celle du médicament alors même que ces produits de santé n’obéissent pas à la même logique. Le cycle de développement et le cycle de vie des dispositifs médicaux sont beaucoup plus courts que dans le médicament. Notre industrie apporte des innovations de ruptures mais également de très nombreuses innovations incrémentales sur des dispositifs existants du fait des constantes évolutions technologiques ; la taille des populations sur lesquelles nous travaillons sont très différentes des études cliniques sur des milliers de patients et dix ans de recherche dans le médicament alors que dans le dispositif médical, une étude dite « importante » va inclure 200 patients car le nombre de personnes concernées par le traitement est plus petit.

Autre point, propre à la France ; nous sommes un des rares pays au monde à ne pas pouvoir communiquer directement sur nos produits et nos solutions avec le grand public. Résultat, on laisse internet et les réseaux sociaux le faire à notre place, sans véritable moyen de contrôle de l’exactitude des informations communiquées, et on limite fortement l’accès du patient à l’information. Dans certaines maladies comme l’incontinence ou les douleurs chroniques, une errance thérapeutique de dix ans est courante alors même que des solutions existent. Beaucoup de patients ne savent pas que les solutions de prise en charge de leur pathologie ont évolué. Je trouve que tout le monde devrait avoir accès à ces informations pour prendre une décision éclairée avec son médecin.

 

Quel est l’enjeu principal auquel vos usines sont confrontées ?

Dans nos usines, le sujet principal, c’est la qualité. Elle vient bien avant le coût de la main d’œuvre, et la compétitivité économique. Car si vous avez un taux de non qualité élevé, vous avez beau avoir des coûts de main d’œuvre bas, l’équation économique n’est pas favorable. En France, nous avons un niveau de qualité extrêmement élevé. L’engagement des gens y est pour quelque chose.

 

Que diriez-vous de votre outil de production ?  

Le sujet, c’est d’avoir des usines qui puissent encore être là demain, et pour qu’elles le soient, il faut qu’elles soient en capacité de produire dans la durée ce dont le marché a besoin, des besoins qui évoluent sans cesse. Cela passe par une adaptation de nos usines, et l’adaptation se joue à deux niveaux : au niveau des métiers donc des compétences et savoir-faire de nos équipes, et au niveau du parc machines qu’il faut aussi faire évoluer.

Dans nos métiers, la taille des usines n’est pas forcément un critère de compétitivité ; il nous faut la bonne taille qui ne fasse pas perdre en flexibilité. Concernant les investissements, le montant investis en France est stable mais nous cherchons à mieux investir : le bon investissement au bon endroit et au bon moment.

 

Comment valorisez-vous le fait d’avoir plusieurs usines en France et qu’en est-il de la sous-traitance ?

Nos usines ont des savoirs faire différents et chacune a ses points forts ; pour en faire profiter tout le monde, nous organisons des échanges entre usines pour communiquer, partager, s’inspirer de ce que d’autres ont fait. Un partage interne des bonnes pratiques.

Au-delà de nos propres sites de production, MEDTRONIC FRANCE a des partenariats avec d’autres entreprises françaises, des façonniers notamment. Certaines productions sont réalisées depuis plus de 15 ans par un façonnier français.

 

Qu’en est-il de l’automatisation et de l’utilisation des technologies chez MEDTRONIC ?

Nous avons automatisé certains process mais dans nos métiers, il reste encore beaucoup de tâches manuelles que les machines ne peuvent pas faire.

En matière de technologies, nous testons l’utilisation de l’impression 3 D pour le prototypage. Nous commençons également  à utiliser la réalité virtuelle dans le domaine de la formation, notamment pour les médecins. C’est assez sensationnel. Sans déplacer les gens, simplement avec une paire de lunette, nous formons par exemple à la pose d’un pacemaker. C’est très prometteur.

 

Et la data dans vos métiers ?

En effet, la data est une question centrale. Quel rôle avons-nous en tant qu’industriel en matière de gestion de la donnée ? Avec la data, il sera possible de faire beaucoup de choses – du prédictif par exemple sur base de l’agrégation des symptômes précurseurs, de leur évolution et de la réponse aux différents traitements. Le champ des possibles est vaste. Nous n’en sommes qu’au début et nous devons avancer dans le respect des personnes et de leurs données personnelles.

 

Pouvez-vous nous parler de vos équipes ? 

Nous avons la chance d’avoir des gens passionnés et engagés – et fidèles. C’est encore plus vrai dans les usines qui ont la particularité d’être très ancrées localement. Nous avons fait des statistiques dans une de nos usines – l’ancienneté moyenne y est de 15 ans, et nombreux sont les collaborateurs qui sont issus de la troisième génération à travailler chez MEDTRONIC FRANCE. Cette grande fidélité témoigne de leur engagement. On ne reste pas dans le domaine de la santé par hasard.

Nos collaborateurs sont passionnés par ce qu’ils font et par ce qu’ils apportent à des millions de personnes dans le monde. Leur métier a du sens et s’inscrit pleinement dans la Mission de notre entreprise écrite par notre fondateur – Earl Bakken – en 1960. Earl nous a quitté en 2018 et notre travail continue de célébrer sa vie.

Comment votre stratégie d’innovation impacte-t-elle les compétences ?

Innover à tous les étages de l’entreprise ne serait pas possible sans que les métiers eux-mêmes évoluent. De nouveaux métiers ont ainsi vu le jour. C’est le cas des coordinateurs de parcours patient qui accompagnent le déploiement de notre programme IHS auprès de l’IHU de Strasbourg ; également des métiers du digital. Nous repensons nos métiers et voulons réinventer 100% des fonctions actuelles de l’entreprise d’ici 2022 en intégrant les free-lances et l’intrapreneuriat. Plus généralement, nous sommes très attentifs au fait d’aider chacun à évoluer dans un environnement règlementaire et de compliance de plus en plus contraignant et qui évolue tous les six mois. Car le défi, c’est l’adaptation permanente.

 

Comment abordez-vous la conduite de la transformation en interne ?

Écouter la voix de chacun pour construire ensemble, MEDTRONIC le prône à l’extérieur, il est donc essentiel de se l’appliquer également en interne. L’intelligence collective est au cœur de notre plan d’actions. A travers un programme d’open innovation appuyé d’une plateforme collaborative, Destin’Action, chaque salarié, qu’il soit siège, terrain ou usines, est appelé à participer à la construction du futur de l’entreprise. Cette plateforme permet de faire émerger des idées, proposer des projets pour réinventer, révolutionner ou tout simplement améliorer un point clé de l’organisation. Chacun devient ainsi un véritable Agit’acteur de la transformation du système de santé et de notre entreprise. Des think-do tanks ont ainsi vu le jour en interne pour faire avancer l’entreprise dans des domaines comme l’e-santé ou les relations avec les start-ups innovantes de notre secteur.

 

Avez-vous des difficultés de recrutement ?

Il y a des métiers en tension pour lesquels on ne trouve pas de personnels, par exemple les métiers du réglementaire et de la compliance, ou encore les gestionnaires d’appel d’offres. On a aussi du mal à trouver des intérimaires. De façon plus générale, le défi pour la France en tant que pays, nation, c’est former les jeunes aux métiers en tension et d’avenir. Nous avons beaucoup recours à l’alternance et c’est une très belle façon de transmettre notre savoir-faire et d’investir dans l’avenir.

 

Que pensez-vous des initiatives telles que l’Industrie du Futur et la French Fab lancées par la France ?

Nos objectifs ne sont pas différents de ceux du programme Industrie du Futur. Notre impératif, innover toujours et encore, sans relâche, et innover au service du bénéfice patient. Et en parallèle, adapter nos usines en investissant mieux. La part de travail manuel étant prédominante dans nos processus de production, les investissements dans le développement des compétences et savoir faire des femmes et des hommes sont aussi essentiels que dans l’outil de production.

Je tiens aussi à dire qu’avec 1300 collaborateurs en France, plusieurs usines implantées dans les territoires, une présence depuis 1972 et de nombreux partenariats noués localement, MEDTRONIC FRANCE est une société française, même si elle appartient à un groupe multinational. Et pour ma part, je suis très ancrée nationalement et fière de l’être.

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